JEAN-LUC SUDRES

Jean-Luc Sudres est professeur de psychologie (psychopathologie clinique) à l’Université Toulouse Jean Jaurès et membre du CERPPS. Psychologue, art-thérapeute et docteur en psychopathologie, il exerce depuis plus de 40 ans en institutions publiques et privées, où il anime des ateliers de psychothérapies médiatisées et d’art-thérapie. Engagé dans de nombreuses sociétés savantes internationales (SIPE-AT, SFPE-AT, Société Médico-Psychologique, etc.), il a reçu le Prix Gaston Ferdière en 2018 pour ses contributions. Il est également membre expert de l’A-MCA depuis 2023, et intervient en analyse des pratiques et supervision d’équipes de soignants et d’art-thérapeutes.
Synthèse d’un parcours ordinairement singulier…
S’épancher sur sa trajectoire et ses actions, passées comme actuelles, revient à dire que nous n’avons pas grand-chose à communiquer à part une quête de légitimité narcissique, éventuellement territoriale de spécialiste en quelque chose. Naturellement, il peut être tentant d’adjoindre à tout cela la touche d’une chronique narrative potentielle pour tenir l’autre en haleine et « ça matche grave le coquillard » comme disait un des adolescents qui venait me consulter pour voir « comment j’allais » ! Difficile d’échapper à cette jouissance d’une « présentation catalogue clinquante » pour « se dire dans l’entre-soi de son soi. » Donc, au soir d’un carrière professionnelle, je vais essayer de remplir cette mission aussi sagement que sobrement.
Allons-y !
Presque accidentellement, j’ai commencé ma carrière en empruntant la voie de la psychomotricité. A la suite de mon service militaire, j’ai exercé au CHU de Toulouse, dans un service de psychologie médicale, plus particulièrement en pédopsychiatrie. Le professeur du service était ouvert aux médecines complémentaires et interventions non médicamenteuses, notamment à la sophrologie, aux techniques de relaxation, aux arts-thérapies, etc. J’ai donc pu parallèlement développer une activité d’art-thérapeute. J’ai travaillé dans ce service de longues années, tout en reprenant en parallèle mes études, afin de devenir psychologue.

En 1998, je suis devenu enseignant-chercheur (Maître de Conférences, puis Professeur de Psychologie) à l’université de Toulouse Jean Jaurès (Ex. Université Toulouse Mirail), tout en conservant une part d’activité professionnelle au CHU et ponctuellement dans une clinique de psychiatrie. D’emblée, mais aussi sous l’égide et l’impulsion initiale du CHU de Toulouse, et de l’université où je retrouvais certains mêmes acteurs, je me suis intéressé à de nombreux domaines d’intervention : l’enfance, l’adolescence, les personnes déficientes mentales, le troisième âge, les sportifs de haut niveau, présentant ou pas des troubles allant des troubles du comportement alimentaire (TCA) aux troubles déficit de l'attention avec ou sans hyperactivité de l'enfant (TDAH) en passant par ceux de la personnalité et de la dépression. La recherche a toujours été là, bien présentes et valorisées avec une touche humaniste constante.
Dans cette dynamique j’ai créé en 2009, à l’Université Toulouse Jean Jaurès (Campus Mirail), le D.U. Art-Thérapies dont j’ai assuré la Responsabilité pédagogique jusqu’en 2025. Une bien belle aventure avec un quarantaine de formateurs, collègues et amis passionnés. Puis est venue se greffer en 2018 la co-Responsabilité Pédagogique du D.U. de Musicothérapie jusqu’à 2025. Enfin en passant, j’ai aussi créé en 2009 un D.U. de Thérapies Familiales dont j’ai assuré la Responsabilité Pédagogique pendant une seule année (suite à ce que mon avatar appellerait au mieux « des pressions injonctives »).
D’autres verront, à tort ou à raison, je ne sais pas, la justification dans ce parcours l’attribution en 2018 à Genève du Prix Gaston Ferdière (distinction internationale de la SIPE-AT) pour mes actions, réalisations et recherches en matière de Psychopathologie de l'Expression et d'Art-thérapies. Rodez, toujours Rodez et l’Aveyron ! Les migrations internes conduisent immanquablement à une inter/endo/trans culturation féconde en bien des dimensions. Mais c’est une autre histoire !
Soucieux d’être au plus près des pratiques cliniques et de l’actualité de la Psychopathologie Clinique j’ai continué, au fil des années, à me former en Relaxation Analytique, Sexologie, Thérapies Systémiques, Mindfulness, Remédiation Cognitive, Troubles des Conduites Alimentaires, Jeu de l'oie (loi) systémique, Body Project de E. Stice (Programme participatif pour l’acceptation de son corps) et Hypnose Ericksonienne. Cela me permet de m’inscrire encore un peu dans une démarche pédagogique, de recherche et application clinique ouvertes mais non moins spécialisées.
Toujours, parallèlement, je suis devenu Membre Titulaire de plusieurs de Sociétés Savantes/Scientifiques/Médicales Professionnelles. Dans plusieurs d’entre elles, j’ai occupé et occupe actuellement des fonctions dans leurs bureaux (notamment dans le cadre de la SIPE AT (Société Internationale de Psychopathologie de l’Expression et d’Art-Thérapie). Cet ensemble d’activités/actions contribue largement à étayer les recherches en cours et offre des supports, ainsi qu’un réseau professionnel de recherches, de partenariats, de collaborations. La vie associative est un moteur existentiel !
Par ailleurs, j’ai participé à divers Comités Scientifiques d'Institutions & Organisation de Manifestations (Congrès, Colloques, Journées, etc.) et aussi présidé quelques Commissions de recrutement pour des Postes de Pr et MCF (que certains se plaisent à nommer « concours »).

Enfin, depuis 1e septembre 2025, après avoir fait valoir mes droits à la retraite, je poursuis une activité scientifique (suivi des Doctorats en cours, recherches focalisées, etc.) au sein de l’unité de recherche EAC-Centre d'Etudes et de Recherche en Psychologie de la Santé (CERPPS), au titre de Professeur émérite (Psychopathologie Clinique) de l’Université Toulouse Jean Jaurès et bien entendu une activité de clinique (psychothérapie, art-thérapie, recherches appliquées) sur le terrain.
Dans ce parcours professionnalo-académique résumé ci-dessus, le Praticien-Universitaire ou l’Universitaire-Praticien, c’est selon, peut faire des comptes (l’Université formate à cela mais pas aux « contes », hélas) avec :
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44 années de CHU (Psychomotricien, Psychologue) dans les lesquelles s’intègrent 26 années d’Enseignent-Chercheur Universitaire Statutaire (Maître de Conférences, Professeur) et 25 années de Psychologue-Art-thérapeute dans des Cliniques privées et autres établissements,
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des Publications multiples (171 Articles dans des revues scientifiques indexées à comité de lecture, 82 Articles dans des revues non indexées à comité de lecture, 26 Articles dans des revues grand public, professionnelles, 12 Ouvrages/Direction d’ouvrages, 63 Chapitres dans des ouvrages, 50 Publications dans des actes de colloques),
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des interventions dans des manifestations (363 Communications dans des Colloques nationaux/internationaux),
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des axes de recherches focalisés sur les Ruptures psycho-sociales et culturelles des adolescents et jeunes adultes, les Mécanismes/processus et transmissions de la création, les Art-thérapies/ Psychothérapies médiatisées avec applications/expérimentations, Psychopathologie des vécus et/ou représentations corporelles, les Psychothérapies à médiations corporelles, les Techniques de transformation du corps, les Méthodologies et outils d'évaluation du corps, de la créativité/création et des psychothérapies médiatisées,
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des Organisations de colloques ou de symposium (une cinquantaine),
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des Contrats et rapports de recherches (une vingtaine),
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des directions de Thèses de Doctorat (une quinzaine),
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Etc.
Nous allons arrêter là « le dégoulinage de la confiture » et les vertus dormitives de ce verbatim logorrhéique de réalisations (utiles ?!) Toutefois soulignons que toute cette trajectoire n’a pu se réaliser qu’avec la rencontre de belles personnes, d’équipes de soins, de collaborations associatives et de ceux que beaucoup appellent « patients ». Ces derniers m’ont beaucoup appris sur la vie qui se déroulent là, dans l’instant de demain. Ils m’ont permis, à l’insu de leur plein grès, de traverser la jungle universitaire.
Il y a bien longtemps lors d’une audition pour un poste de Professeur des Universités « un noble membre du Jury » m’avait demandé « qu’est que cela changer de vous si vous devenez Professeur des Universités ? » ma (mauvaise) réponse avait été du tac au tac : « Homme ordinaire je suis, homme ordinaire je resterai ». Quelques années plus tôt, toujours dans un cadre identique, pour un poste de Maître de Conférences on me demanda
« Comment se fait -il que vous ayez fait tout cela ? » et j’ai encore fait une mauvaise réponse (celle de ma culture prolétarienne certainement) : « Je travaille ! ».
Mais finissons cette promenade sur une anecdote bien plus légère et peut-être utile. Tantôt une nouvelle Secrétaire croisée il y a bien longtemps arrive dans une consultation d’un service de psychiatrie qui m’accueille depuis nombre d’années. Au terme de deux semaines arrive son interrogation :
« Comment vous faites ? Vous êtes en retard, les patients sourient en me disant qu’ils ont l’habitude. Ils discutent dans la salle d’attente… Et en plus, ils sont gentils ; j’ai jamais vu ça en psychiatrie ! Vous arrivez en leur disant qu’aujourd’hui vous êtes d’excellente mauvaise humeur… et hop ça roule. (Silence quelques secondes avec un échange de regards). Et en plus vous êtes gentil ! » Ma réponses tranquille (bien loin des « mauvaises réponses » universitaires ci-dessus) : « Naturellement, il s’agit de prescrire un peu d’heureusité à dose homéopathiquement stable et d’être authentique pour rencontrer l’autre dans la différence de sa normalité, n’est-ce pas ? Et en plus, je fais le café. Donc tout va bien ! »
