
Psychologue, psychothérapeute et musicothérapeute à Marseille et Salon-en-Pce, Stéphane Scotto Di Rinaldi est aussi doctorant en psychopathologie à l'Université Toulouse Jean Jaurès. Spécialiste de la musicothérapie, il travaille actuellement avec des publics variés (adolescents souffrant de troubles des conduites alimentaires, adultes atteints de déficience visuelle). Aujourd'hui, il mène principalement des recherches cliniques sur la musicothérapie dans l'accompagnement de l’anorexie mentale et la création d'outils cliniques innovants. Il anime le podcast « Musiques & Psy » pour vulgariser et diffuser les connaissances et les recherches en musicothérapie. Il s’engage comme parrain de l’association Prodiges.
PUBLICATIONS
« Penser la recherche comme un clinicien et la clinique comme un chercheur »
J’ai pu écrire cette phrase dans un chapitre d’ouvrage. Aujourd’hui, elle reflète clairement ma position et ma conception de ces deux mondes qui parfois s’opposent. Or, ils sont les faces d’une même pièce. Cette phrase reflète également ma représentation de ces mondes qui méritent un juste continuum pour permettre au clinicien comme au chercheur de réfléchir et d’agir en conscience. Plutôt que de dresser une liste de publications, nous avons décidé de vous conter les coulisses qui nous ont amenés à écrire puis soumettre un manuscrit, en vue d’une publication dans une revue scientifique. Toujours depuis, sur les thèmes des arts-thérapies, musicothérapies, et musique dans le soin. Utile de rappeler d’ores et déjà qu’en bons animaux sociaux, tout est histoire de rencontres, car « seul on va plus vite, ensemble, on va plus loin ».
Il est vrai que les mots et l’écriture sont importants pour moi. La musique également. La psychologie a pris sa place dans ce contexte. Passionné par mes études de psychologie, il est vrai pourtant que la recherche clinique n’a pas toujours fait partie de mes préoccupations. Lors de mes études en Licence et Master, j’ai enchainé la rédaction de mémoires toujours en recherche fondamentale. Intéressants, mais je n’y trouvais pas tellement de sens à la produire, même si j’éprouvais du plaisir à lire.
Alors jeune étudiant, dès mon deuxième stage en L3, je découvre un premier contact auprès d’enfants et adolescents en situation de déficience auditive. Sonia, tutrice de stage d’exception, m’a inspiré avec finesse comment je voulais incarner ce futur métier. C’est à partir de ce point, il y a déjà plus d’une décennie, que j’ai établi mon premier contact, mes premières réflexions, concernant l’utilisation de la musique et la place qu’elle pouvait avoir dans mon accompagnement, alors naissant. Avec le soutien et l’aide de Sonia et d’une éducatrice spécialisée, j’ai monté un atelier « psycho-éducatif musical », qui a débordé du stage pour revenir ponctuellement toute l’année universitaire suivante. Nous voici en master 1, je propose en même temps dans un IME un groupe similaire, où j’observe que les adolescents les plus introvertis, les plus déficitaires, se saisissent différemment de cet espace…

Dans le même moment, alors en train de devenir psychologue, je rencontre le Dr Bruno Gepner (médecin psychiatre spécialiste des autismes) qui s’intéresse à mon groupe. Je l’ignore encore mais le Dr Gepner deviendra mon premier mentor et m’aidera à poser et repérer mes premières balises dans ce monde complexe de la recherche. Le hasard des rencontres fait que de son côté, il est en train de lancer le GAAM (ou GAM), le Groupe d’Adultes Autistes Musiciens, armé de son violon et de son alto, et souhaiterait objectiver les résultats de son groupe. On met de côté ma demande d’objectiver mes observations, demande qui évoluera d’elle-même. C’est ainsi que je me greffe progressivement à ce projet que je rejoins dès la première année, du côté de la recherche clinique ; et co-thérapeute dès la deuxième année durant 3 ans (de la rentrée 2018 à juin 2021). Très tôt, à la demande de la revue « Enfances & Psy », nous rendons compte d’un premier article : « La musique comme voie thérapeutique pour les personnes autistes » (Gepner et Scotto Di Rinaldi, 2018) qui présente les modalités du GAAM et nos premières observations cliniques. Un article du Dr Gepner, l’année suivante présentera quelques données complémentaires (Gepner, 2019).


Après un premier colloque en tant que co-conférencier, sur « Autismes et Musiques », suivi d’une démonstration musicale avec le GAAM, nous avons poursuivi dans la lancée de promouvoir la musicothérapie dans l’accompagnement de l’autisme. Dans la foulée, je me forme à la musicothérapie, par le DU de Montpellier. Malgré notre expérience, nous faisons donc un nécessaire pas de côté, et nous choisissons de réfléchir au regard des données disponibles. Le Dr Gepner me propose de produire un rapport scientifique pour le soumettre à la HAS (Haute Autorité de Santé) ainsi qu’à la DIA (Délégation Interministérielle de l’Autisme). On se lance donc, de manière acharnée dans cette aventure, dans la lecture et l’écriture… Une soixantaine de pages s’écrivent, remplies de commentaires, des auteurs et des nôtres, et de mise en liens. Vaste projet, vaste entreprise qui de ma petite place de jeune psychologue, m’a forcément bousculé et transcendé. Seul je n’aurai pas eu la prétention, ni même l’idée de co-écrire ce type de document, si je n’étais pas épaulé par le Dr Gepner. Tout ceci m’a permis inévitablement de développer une vision critique, dans le noble sens du terme, de comprendre, d’analyser, le travail de mes collègues de par le monde. D’essayer timidement d’en comprendre la portée, les bénéfices et les écueils. Ça y est ! J’amorce ainsi mes premiers pas et dès lors je ne parviens pas à éteindre les idées et les pensées qui en découlent.

Enfin, lors d’un de mes stages longs pré-professionnalisants de master 2, je m’essaie à une sorte de musicothérapie réceptive groupale intuitive, auprès d’adultes autistes sans déficience intellectuelle associée et non musiciens. Un ami musicien était même venu à l’hôpital pour la dernière séance qui avait eu lieu (hasard du calendrier) le 21 juin ! J’observe après une dizaine de séances, quelques résultats intéressants et je me suis dis qu’il faudrait en faire quelque chose, mais je ne savais pas bien quoi… Bref, les graines étaient plantées !
Face au peu d’actions et de réactions que la diffusion officieuse de ce rapport suscite, nous décidons d’en produire des articles. Je me heurte ainsi à ce niveau à un long chemin entre la rédaction et la publication. Je heurte au caractère fortement chronophage de l’exercice, à certains enjeux, mais aussi à l’effort de synthèse, supplice du passionné. Pour autant, depuis les bancs de la fac, livres, articles, études et profs suggéraient des canons scientifiques qui avaient laissé traces. Sorte de poudre dans l’encre… Je comprends et je vis pleinement l’étymologie du mot « passion » qui comporte une part nécessaire de souffrance.


Dans ces mêmes temps, je me retrouve inscrit en thèse de doctorat en psychopathologie à l’Université Toulouse Jean Jaurès. Toujours sur mon centre d’intérêt restreint : la musicothérapie, l’évaluation, l’objectivation de ce qu’on observe cliniquement, et la compréhension de ce qui fait thérapie… Exerçant également auprès de patients adolescents hospitalisés pour anorexie mentale, nous publions une première étude pilote sur les effets d’un protocole de musicothérapie réceptive le DéPi-AM, qui se propose en groupe et reste adapté à la symptomatologie anorexique (Scotto Di Rinaldi, Silva, Da Fonseca, Bat-Pitault, 2024). Je prends soin d’écrire et de décrire davantage de détails dans un article paru dans la revue canadienne de musicothérapie (Scotto Di Rinaldi, 2023).
Une première revue de littérature (format d’article qui compile différents articles significatifs et qui répond à une question de recherche précise) sur les bénéfices de la musicothérapie est acceptée. D’abord auprès d’enfants et d’adolescents TSA avec ou sans DI associée (Scotto Di Rinaldi et Gepner, 2023), et ensuite auprès d’adultes TSA avec ou sans DI associée (Scotto Di Rinaldi et Gepner, 2024). On clôture ainsi ce triptyque avec la parution de notre rapport scientifique à la revue française de musicothérapie, rare revue à accepter un manuscrit d’autant de pages, merci à eux ! (Gepner et Scotto Di Rinaldi, 2024).
C’est ainsi que la graine avait germé. Il fallait que j’aille plus loin, que je produise mes propres recherches et que je laisse mes idées et mes envies s’exprimer et que je donne encore plus de corps à ma pratique clinique actuelle. Parallèlement, dans un projet commun avec une collègue psychomotricienne passionnée et passionnante, nous avons souhaité témoigner de la place de la musicothérapie dans un accompagnement d’un adulte en situation de déficience visuelle (Scotto Di Rinaldi et Roussillon, 2023). Population avec laquelle je finirai par travailler quelques mois plus tard. Cet article est important pour moi pour car il témoigne également de l’importance du caractère transdisciplinaire, de la place de la musicothérapie comme soutien d’une autre discipline plus installée dans le paysage médico-social.
Ma rencontre avec Jean-Luc Sudres, professeur de psychopathologie, a été salvatrice. Impressionné par la rapidité et la considération qu’il a porté et qu’il porte à mon projet de thèse actuel, il deviendra rapidement mon mentor actuel, pour m’accompagner encore plus dans ce monde de la recherche. Dans le cadre d’un numéro sur l’anorexie mentale, deux premiers articles de cadrage marquent le début de notre activité de recherche commune (Scotto Di Rinaldi, Sudres, Rousseau, Bouchard, 2023a ; 2023b) dont « Anorexie mentale et musicothérapie », présente aussi le cas d’une jeune patiente que j’avais accompagné en musicothérapie réceptive individuelle.
En parallèle, en rentrant en doctorat, je me passionne progressivement et rapidement pour la recherche clinique et l’épistémologie et la recherche de ce qui fait vérité dans les travaux en musicothérapie (Scotto Di Rinaldi, 2023). Le colloque de septembre 2023 appuie grandement cet intérêt chez moi… Un prochain chapitre devrait voir le jour prochainement. J’ai pris soin d’y détailler davantage cette première lecture des « coulisses » et des sous-bassements théoriques de la recherche.

Début 2023, ma rencontre avec Cisco a été aussi inattendue que bienvenue ! Sans se connaitre, nous nous connaissions déjà ! Nos sensibilités extrêmement communes, une vision de la musicothérapie identique, qu’importe le prisme par lequel nous la regardions, l’écoutions. Le marseillais d’un côté, l’aveyronnais de l’autre. Le GAAM d’un côté, les Squatteurs du Blues de l’autre. Une sortie de séances pour monter sur scène des deux côtés. Un protocole de songwriting que je proposais timidement d’un côté, l’utilisation précise et professionnelle de la MAO et du songwriting de l’autre… D’ailleurs, ce protocole proposé timidement prendra plus d’importance dans ma pratique grâce aux nombreux encouragements ruthénois, et un article est en cours de soumission à ce sujet. Nous sommes ainsi définitivement liés par notre goût profond pour la narrativité. Par la nécessité à donner de la voix aux pensées de ces personnes empêchées d’exister. Nos deux manières de pratiquer notre art, notre métier, sont pleinement complémentaires : l’Alpha et l’Omega ! Qui ne peut que sceller notre collaboration et notre amitié.
On se lance par ailleurs dans deux riches collaborations de ce que nous qualifions de « musicothérapie hors les murs ». Notre accompagnement simultanée (thérapeutique et culturel) de personnes qui ont la demande de se réparer autrement, de (ré)exister, de transiter du statut de patients/usagers à celui tant mérité d'artiste, devient logique. Si la clinique est également une histoire de rencontres, proposer parallèlement une médiation culturelle (par l’intermédiaire de Cisco, de ProDiGes) ne peux qu’augmenter notre réponse à la demande initiale du patient qui émet le souhait d’exister par la musique… Aux confins de la thérapie et du culturel, des séances au studio, de l’institution à l’extérieur cette vie courante, comme prolongement rempli de sens...
Tout d’abord auprès d’Odemm, ancien patient hospitalisé que j’ai accompagné a pu progressivement revendiquer son statut d’artiste également avec la sortie de son EP « Rester Debout » en décembre 2023. Nous avons réitéré l’expérience avec Loran avec la sortie de son 1e Album « Blind Songs » en février 2026, porté par le label Dora Dorovitch & Squatteurs Recs et soutenu par ProDiGes. Odemm et Loran avaient ainsi toutes leurs places dans la compilation « Résilience » sortie en mars 2025.
Pour ces deux artistes, la découverte de ce type de musicothérapie augmentée (où thérapeutique et culturel coexistent) a permis de mettre une forme à l'impensé, d'être acteur de leur vie différemment et de les décaler des profondeurs abyssales des troubles psychiques qui les cernaient jusqu’alors. Mû par leurs motivations et leurs volontés à se définir autrement, ces EP/Album sont autant de repères qui laissent d’utiles traces, pour eux et leurs proches

Un autre colloque, nous a permis également de nous rassembler, et de présenter les prémices de nos travaux communs, qui feront l’objet de publications prochaines. Notre équipe de recherche actuelle prend ainsi forme, riche par notre interdisciplinarité. Dans nos travaux à venir (Esteves, Sudres, Scotto Di Rinaldi, Rabereau, Kivits, 2026), nous parlons depuis différentes places représentatives d’une équipe clinique (psychologues et psychothérapeutes ; musicothérapeutes ; universitaires (professeur de psychopathologie, doctorant) ; psychomotricien ; musiciens (amateur et professionnel) ; chargé de médiation culturelle et thérapeutique ; infirmier psy, psychiatre).
Cette histoire est vivante, mouvante… Elle sera réactualisée régulièrement.
